45 ans et prisonnière de son fauteuil roulant

Dans: Éditoriaux, Santé et bien-être

Souvent on oublie que la santé nous est seulement prêtée et qu’à tout moment, une vie peut basculer. J’ai 29 ans et je suis en pleine forme. Je touche du bois. Mais laissez-moi vous raconter une petite histoire qui m’est arrivée et m’a complètement chamboulée.

Par un après-midi pluvieux, je décide d’aller faire des emplettes au carrefour Angrignon. Une journée de fin de semaine typique avec ma maman. À un certain moment, la nature étant ainsi faite, je dois me rendre aux toilettes. Et puis, de ma cabine, j’entends une dame, clairement en situation de détresse dire « Aidez-moi! Je vous en prie, il y a quelqu’un qui peut m’aider? », et ce, à répétition. Ma première réflexion était qu’il faut vraiment être mal pris pour demander de l’aide à de purs étrangers…aux toilettes! Je cherchais de quel cabinet cet appel à l’aide provenait. C’était celui pour personnes handicapées. Je me suis légèrement penchée sous la porte et j’ai constaté qu’une dame était au sol, les pantalons et la culotte aux chevilles, complètement impuissante à côté de son fauteuil roulant. Elle était tombée en voulant transférer de la toilette à son fauteuil. Pour l’aider, elle devait absolument me débarrer la porte, ce qu’elle a fait en se trainant au sol. Mon cœur s’est noué. Elle est prisonnière de son corps, pensé-je. Elle était nue, sans munition, devant une inconnue. Comme ça, fragilisée par la maladie et dépourvue de tous ses moyens. Je suis entrée dans la cabine avec elle, j’ai recouvert ses parties personnelles et lui ai demandé comment je pouvais l’aider à regagner son fauteuil. Elle m’a dit, en laissant couler quelques larmes sur ses joues rougies par l’effort physique : « J’ai 45 ans, maintenant 10 ans que je suis en fauteuil à cause de la sclérose en plaques et je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie. » Au même moment, les agents de sécurité sont arrivés puisque ma mère était allée les avertir. Deux jeunes dans la vingtaine. J’ai tout de suite vu la gêne et le malaise dans le regard de la dame. Pendant une seconde, je me suis mise à sa place. Elle était devenue une attraction bien malgré elle. J’ai décidé de m’arranger sans l’aide des agents. J’ai réussi à la relever seule, à monter son pantalon et à l’asseoir dans sa chaise.

Je n’ai jamais reçu autant de remerciements et de gratitude. Mais moi, ma vie continue sans trop de tracas. Pour elle, toutes les activités quotidiennes, aussi minimes que celle d’aller à la salle de bain, constituent un défi de taille. Mon regard sur ces personnes est à tout jamais changé et elles ont ma plus grande admiration.

Cette  réalité doit être si éprouvante. Avoir toutes ses capacités mentales, mais un corps qui ne suit plus. Savoir qu’un jour, on peut se retrouver coincé aux dépens des autres et que l’autonomie ne fera plus partie du quotidien.

Mai est le mois de la sensibilisation de la sclérose en plaques. Tous ensemble, soutenons la cause.

 


Julie Pinsonneault

Julie est une touche-à-tout qui est guidée par ses passions et une soif de connaissances constante. Elle contemple la vie avec des yeux d’enfants et s’émerveillent devant tout. Grande voyageuse, Julie est une fonceuse, passionnée et rêveuse. Le monde est grand, et jour après jour, elle essaie de se l’approprier peu à peu. Née d’une famille d’agriculteurs et diplômée en communication, elle passe des bottines aux talons le temps de le dire. Julie veut laisser sa trace, empreinte de positivisme.


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