Un an plus tard

Dans: Éditoriaux, Santé et bien-être

Ça fait déjà un peu plus d’un an. On dirait une éternité. En même temps on dirait que c’était hier. Quelque chose en moi a cliqué. Dans le moment, je ne comprenais pas vraiment ce que ça voulait dire. Ni tout ce que ça entrainerait. Tout ce que je savais, et ce sans l’ombre d’un doute, était qu’il fallait absolument que je parte. J’ai écrit à ma sœur pendant que j’endormais ma fille pour lui demander si je pouvais rester chez elle avec mes enfants pendant un certain temps. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais dire par « un certain temps ». Je ne voyais pas très loin, incapable de planifier au-delà de l’instant présent. Et dans l’instant présent, j’étais envahie d’un besoin pressant. Quitter. Heureusement, ma sœur ne m’a pas demandé d’expliquer, ni de lui dire combien de temps j’avais besoin. Elle m’a juste dit que j’aurais une chambre pour nous trois prête dès le lendemain. J’ai donc expiré tranquillement, regardée ma fille qui s’était endormie et lui ai donné un bec sur le front.

Ça été ma dernière nuit dans cette maison.

Pendant un bout de temps, j’ai cru que le déclic que j’ai ressenti ce soir-là était le dernier brin d’espoir qui me restait qui venait de s’éteindre. Que c’était le résultat de mon abandon. Mais aujourd’hui c’est tellement clair. Ce n’était ni moi qui abandonnais, ni mon échec qui se concrétisait ni aucun autre des impressions culpabilisantes que je pouvais avoir. C’était mon instinct de survie qui prenait le dessus. Parce que si tu m’avais demandé à l’époque jusqu’où je pouvais aller, combien de temps je pourrais continuer comme ça, je t’aurais répondu éternellement parce que je croyais que c’était peut-être ce que je devais faire. L’idée que les choses s’amélioreront peut nous faire endurer énormément. En fait, il n’y a pas de limite quand on croit mériter notre peine, ou que c’est ce qu’il y a de mieux pour tout le monde autour de nous.

Mais j’avais mal. Vraiment. Et je me sentais mourir en-dedans. J’étais malheureuse et je m’en voulais de me sentir ainsi. Je devrais être heureuse. Ce serait ce qu’il y aurait de mieux pour tous.

Heureusement, il vient un point où la voix de nos entrailles est si forte qu’elle ne peut plus être ignorée. Un moment où l’infime partie de nous qui n’est pas submergée dans la remise en question et le doute se pousse à l’avant et prend le dessus. Elle se fou si le reste de nous ne comprend pas encore. Notre temps est échu. Continuer encore ferait en sorte que même cette toute petite partie s’éteindrait. Donc ce déclic, cet instant où le besoin de partir m’a envahie avec trop de force pour être ignoré était en fait un instinct de survie, le moment où j’ai commencé à me sauver moi-même. De quoi, je n’avais pas la moindre idée. Je ne savais pas non plus où je voulais aller. Ou si j’allais même être heureuse là. Fallait juste que je bouge. Que je quitte. Et c’est ce que j’ai fait.

 

Source photo : huffpost.com

 

Audrée Morin