Mon anniversaire de mariage après mon divorce

Dans: Éditoriaux, Santé et bien-être

Il y a 8 ans aujourd’hui, j’étais chez la coiffeuse à boire un mimosa entourée de mes sœurs et ma mère. Je sais pas pourquoi je sens le besoin de tourner le fer dans la plaie, mais je ne peux m’empêcher de m’asseoir le regard perdu avec le cadre de ma photo préférée de cette journée entre les mains. Je me vois, le sourire sincère, témoignant de mon bonheur complet. Je revois les boucles d’oreilles et collier que j’avais choisi avec soin accompagnée de ma mère. Le maquillage fait par ma tante arrivée de Québec la veille au soir pour l’occasion. Et la robe. Encore aujourd’hui, je la trouve magnifique. Je ne l’ai mis que cette journée, mais elle a déjà une multitude de souvenirs qui s’y rattachent. La journée que je l’ai essayée avec des pinces la retenant de tous les côtés. Je me revois debout sur un piédestal installé pour l’occasion avec ma mère émue à mes côtés.

Mon regard retourne systématiquement au mien de ce moment figé dans le temps. Une partie de moi s’ennuie de ce regard dans le miroir. Mais en même temps, je sais que le regard que j’ai aujourd’hui est plus sage. La femme sur la photo, accotée fièrement sur son amoureux, c’est moi. J’avais une naïveté que j’ai perdue, mais je ne la voudrais plus de toute façon. Cette naïveté est partie graduellement, avec chaque blessure, chaque épreuve, chaque peine. Peu à peu la fondation que je croyais si solide, le roc sur lequel je m’appuyais s’écroulaient. J’ai longtemps pensé que c’était moi qui était trop lourde ou qui m’appuyais trop fort. Aujourd’hui je ne me pose plus la question. Parce qu’à présent cette fondation et roc sont écroulés et après m’être effondrée, je me suis relevée. Je ne me sens pas autant invincible qu’à l’époque des mimosas et piédestal, mais peut-être qu’en réalité je le suis.

Je sais désormais que je ne suis pas à l’épreuve de tomber. Mais je sais aussi que si ça se produit, je serez en mesure de me relever.

Alors si je suis consciente de ce cheminement, si je sais que je suis plus accomplie aujourd’hui, pourquoi suis-je envahie d’une peine qui pèse sur mon cœur? C’est probablement comme le lendemain d’une épreuve physique extrême et qu’on a mal partout. C’est l’effet résiduel de ce que j’ai surmonté. L’arrière-goût amer d’une période de remises en questions difficile qui m’ont enfin mené à me tenir debout sans appui.

Au dos du cadre, un papier a été soigneusement plié et inséré dans le rebord. Je le déplie lentement, comme pour me donner le temps de me préparer à ce qui sera certainement difficile. Il s’agit d’un échange de courriels entre lui et moi le premier jour de retour au travail après notre lune de miel. Mon cœur se serre et je replie la note. Je m’en souviens. Je me souviens de l’avoir écrite et d’avoir lu sa réponse. Je me souviens de l’avoir imprimé, plié et caché dans le cadre qui était à cette époque fièrement exposé sur mon bureau. Je l’aimais, j’avais hâte à notre vie à deux. Il m’avait répondu qu’il m’adorait et qu’il n’aurait pu choisir une meilleure femme avec qui passer sa vie. Je n’ai aucune idée si un jour je vais aimer de cette façon de nouveau. Je ne sais pas si je vais faire confiance en la solidité d’un roc comme à cette époque. Mais aujourd’hui, j’ai ma propre fondation et celle-là, j’en ai aucun doute, est très solide parce qu’elle supporte deux petits trésors.

À cette pensée, le poids sur mon cœur se soulève et je me sens mieux respirer. Au fond, je sais que je peux aimer et je sais que je peux me tenir debout seule. Je n’ai aucune idée ce que l’avenir me réserve, mais pour l’instant cette certitude me suffit.

 

Audrée Morin

 

 

Source photo : cache.marieclaire.fr