Les bébés : pu capable.

Dans: Éditoriaux

Moi, c’te trippe-là, c’est passé.

C’est plus que passé. C’est démoli.

Une fausse couche m’a pris un enfant. Et ç’a été la plus grande tristesse de ma vie. Un vide total m’a envahi et ne m’a jamais vraiment quitté.

Après, mon chum se sentait trop vieux pour se rembarquer. Ç’a été un autre deuil.

Depuis c’temps là, une partie de mon cœur est brisée. Ça fait cinq ans. J’pense pas qu’il se répare un jour. Pas au rythme que c’est parti.

Pendant un bout d’temps, j’étais incapable d’endurer la présence d’une femme enceinte. Ou regarder un bébé. Au travail, celles qui venaient montrer leur poupon pendant leur congé de maternité, je les évitais. Les voir me mettait en colère. J’peux pas appeler ça de la jalousie. Mais elles me tapaient sur les nerfs.

Aujourd’hui, j’crois que j’en ai juste rien à foutre. Vous ne me verrez jamais poser quelconque question démontrant de l’intérêt à une femme enceinte ! Contrairement à tout l’monde !

« T’as combien de semaines de faites ? Gars ou fille ? As-tu été malade?… »

La majorité des femmes se sentent interpellées quand elles voient une femme enceinte, et capotent encore plus quand elles voient un bébé. Pas moi. Oh non.

« Eille, as-tu vu le bébé à Marie à la réception ? Yé tellement beau ! ».

« … Ah. » (continuant mon chemin vers mon bureau)

Sacrez-moi la paix avec le bébé de Marie. C’est qui Marie ?

Pis tant qu’à parler d’excès, c’est quoi cette mode de blogues de mères de bébés ? Y’en a dont ben!!

Des blogues de mères d’ados, il m’semble qu’il y en a moins. Des blogues de mères sur antidépresseurs. Qui aiment beaucoup trop le vin. Qui flambent leur paye sur des broches, des cours, du linge avec des marques pis d’la bouffe en quantité industrielle !

Faut croire qu’elles ne prennent pas l’temps d’écrire. Laissant la place à toutes ces mères en congé de maternité avec une tonne de trucs et astuces à partager. Argh.

Je l’sais ben que j’peux pas m’en sortir de voir des bébés pis des femmes enceintes partout. C’est la vie, littéralement. Il y aura toujours des vedettes enceintes dans les revues, des annonces de Pampers à la télé, un Baby’s R us sur Taschereau, pis des purées de bébé Heinz à l’épicerie. Je l’sais ben. Mais j’suis toujours aussi agacée quand j’les vois. Malgré que je dise n’en avoir rien à foutre. Je ressens toujours ma perte, mon vide à moi. Chaque fois.

Je vois d’un autre œil les enfants des personnes que j’aime, ma famille, mes amies…

Mais les autres bébés m’emmerdent royalement. Pu capable. J’espère un jour n’en avoir réellement rien à foutre. Ça allégerait mon cœur.

 

Photo de couverture : www.cosmopolitain.com


Julie Morin

J'envie les héroïnes de films d'action pour leur vie de luxe, leurs habiletés de cascadeuses, leurs talents de séductrice et périples au-travers le monde ... Moi, j'habite un bungalow en banlieue, j'ai toujours mal à quelque part (l'approche de la quarantaine, quoi!), avec le même homme depuis 17 ans, et mère de deux pré-adolescents. On est loin d'un film de Lara Croft! De toute façon, je n'aurais pas les nerfs d'acier requis. J'angoisse ben trop. D'ailleurs, le qualificatif trop m'est souvent attribué. Trop émotive, trop susceptible. Je parle et je rie trop fort (ce qui énerve royalement les deux pré-ados, qui ont honte même dans notre salon). À l'inverse, ça m'en prends pas trop pour être heureuse. Un souper au restaurant, un bon livre, un verre de vin, rire en famille, apprendre, découvrir et écrire. 


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