Cher Gab,

Je me présente : Audrée, divorcée de 35 ans et maman d’une préado de 6 ans et d’un ptit charmeur de 4 ans en garde partagée. Je ne suis ni Marie avec sa drive, ni Monique au sourire inoubliable, ni Annick la méga sociable et certainement pas Josiane avec sa shape. Je suis probablement une des femmes que tu as swipé à gauche en écoutant Netflix. Sans lire mon texte que j’ai écrit avec attention et la collaboration éditoriale de quelques amies.

À l’inverse de toi, j’écoute régulièrement Pat Patrouille (quand ma fille accepte et n’insiste pas pour que ce soit des vidéos Youtube de femmes qui semblent avoir un budget infini pour déballer des jouets Disney ou de la pâte à modeler. Mais ça c’est autre chose…). J’ai été mariée et aujourd’hui il n’y a pas d’oncle qui oserait me demander pourquoi je n’ai pas de chum (au risque de recevoir un coup de coude de ma tante).

Ça c’est probablement tout ce que tu voudras savoir de moi. Toi et tant d’autres.

Je t’écris pour t’en dire plus. Si tu prends le temps de bien lire mon texte et va au-delà de ma photo et ma bio, il va sans dire. Pour moi, les samedi soirs seules sont encore inhabituels. Je dors encore juste de mon côté du lit. Quand je magasine, je me surprends encore à aller dans la section homme pour ramener quelque chose à… personne maintenant.

Mais cette solitude, elle m’a couté cher. Elle est précieuse et elle vient après des années de doutes, pleurs et remises en question. Elle est précieuse mais elle n’est pas nécessairement confortable.

Ma drive est ce qui m’a permis d’étudier pour des examens en vue d’une promotion au bureau alors que le soir je partageais un lit avec mes deux enfants chez mes parents en attendant que la maison familiale se vende. C’est aussi ce qui m’a poussée à acheter seule une maison pour moi et mes enfants alors que je ne suis même pas à l’aise à négocier aux ventes de garage. Mais la drive de Marie est probablement plus reconnaissable parce que ses yeux brillent lorsqu’elle parle de son travail.

Mon sourire quant à lui, s’est divisé en une multitude de catégories. Il y a le sourire automatique que je réserve aux gens en général, à qui je réponds « bien, toi? ». Il y a celui que je garde à mes amies et famille proche, ceux qui ne feraient que lever un sourcil ou rouler les yeux au premier. Il est plus sincère donc plus réservé, laissant transparaître mes inquiétudes, peurs et doutes. J’ai aussi celui réservé à mes enfants, bourré d’amour et d’émerveillement, se voulant rassurant et réconfortant. Il en existe un autre, mais il est plus rare. C’est celui qui est souvent associé à des éclats de rire et à une légèreté d’esprit qui permet d’être entièrement dans le moment présent. Dernièrement, il peut me surprendre pendant une soirée de filles, après qu’on ait partagée nos états d’âme respectif et qu’on se soit mis à jour dans chacune de nos vie, que la bouteille de vin est bien entamée et que la discussion a pris un virage souvent complètement ridicule. D’autres fois, il apparaît soudainement, sans que je ne m’y attende. Ça peut être quand mes enfants me présentent un spectacle de magie. Avec ma fille qui demande à mon fils de tenir une couverture devant elle et de compter jusqu’à dix pour qu’elle disparaisse, et lui de me regarder avec un sourire témoignant de son excitation à l’idée d’être en train de faire de la magie et dire « Un, deux, trois, jusqu’à dix! ».

Mais bon, sans doute qu’aucun de ces sourires n’est aussi coquin et charmeur que celui de Monique.

T’as raison de dire qu’on compare. Et je pense que nous les femmes, on est particulièrement experte à le faire entre nous. D’ailleurs, je n’ai aucun doute que même Josianne envie le sourire de Monique. Probablement les seins de Marie, la peau d’Annick et les fesses d’une autre. Et c’est dommage. Parce que Josianne est peut-être vraiment drôle, et arrive toujours à désamorcer un malaise avec humour et tact. Monique fait peut-être du bénévolat dans sa communauté et peut faire les premiers soins à n’importe qui en détresse.

On est toutes complexes avec notre vécu parsemé de peines, échecs, bonheur et succès.

Malheureusement, si on est célibataire passé 30 ans, ce vécu est perçu comme du bagage et devient un obstacle à rencontrer quelqu’un. Tout ce qui a forgé la personne complète que nous sommes est analysé d’un coup d’œil pour déterminer si on est un bon « fit » ou pas. Si t’as de la drive, c’est un point en ta faveur, même si tu l’es parce que tu ne connais pas ta valeur si tu ne performes pas bien. Ta shape est importante, mais tu ne dois pas trop la montrer, si non les hommes vont penser que tu es facile. Si t’as des enfants, c’est un problème parce que les hommes ne voudraient pas s’y attacher et devoir vivre un deuil quand vous allez vous laisser. Parce qu’il y a de bonnes chances que vous allez vous laisser.

Je suis d’accord que ce n’est pas facile être célibataire après 30 ans, mais pas pour les raisons que tu as dit. Ce n’est pas que ces femmes ont laissé leur empreinte sur toi. Ce n’est pas que tu cherches le meilleur de chacune d’elles. C’est que tu n’as vu que ce que tu cherchais au lieu de voir tout ce qu’elles étaient.

 

Audrée Morin



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