Quand le cut-off embarque

Dans: Éditoriaux, Santé et bien-être

Aujourd’hui, elle est allée au Maxi. Elle avait une commission à faire : acheter des ananas pour le souper de jambon. Sauf qu’une fois rendue, elle n’avait aucune espèce d’idée de c’qu’elle faisait là.

Pis elle a paniqué.

Comme la dernière fois où son cerveau avait subitement arrêté de fonctionner. Devant la garderie de son fils. Incapable de faire le maudit code sur la porte d’entrée. Le même code qu’elle faisait matin et soir depuis trois ans. Il avait complètement disparu de sa tête.

Comme ses ananas.

Le cut-off venait d’embarquer. Mais ça faisait déjà un  moment qu’elle avançait su’l radar.

Arrêt de travail.

Les commentaires sur ce « congé » qui lui fera tant de bien. D’en profiter. D’en profiter pour faire quoi?, se dit-elle. Elle n’a l’goût de rien. Le cœur alourdi d’un mal qui l’empêche de fonctionner. Un mal  qui ne peut s’expliquer, c’qui le rend tellement plus crasse.  Car bien qu’elle ait mal, elle n’est pas malade. Pas physiquement en tout cas. Épuisée. Triste. Enragée. Mais pas malade….

Son mal, elle le dissimule derrière un fake sourire.

Certains jours, elle pleure toute la journée. Devant son chien désemparé, qui sait pu où s’pitcher. D’autres jours, des rendez-vous l’obligent à sortir en société, l’air d’un zombie déséquilibré. Chaque tâche, aussi banale soit-elle, une montagne qui draine le peu d’énergie en stock.

Mais bien qu’elle sente la solitude, elle n’est pas seule. Des anges lui parlent. Parents, mari, amies, collègues. Chacun avec leurs propres mots. Qu’ils chuchotent délicatement. Et parmi eux, elle trouvera un mot qui fait du bien. Auquel elle s’accrochera un instant. Qui lui fera faire un bout de chemin. Insufflera un peu de force.

Et elle avancera. Un jour à la fois. Elle se relèvera. Supportée par les chuchotements des anges qui l’entourent.

Quand elle en aura la force, elle les remerciera.

 

Crédit photo : www.netdoctor.ca.uk.

Julie Morin

J'envie les héroïnes de films d'action pour leur vie de luxe, leurs habiletés de cascadeuses, leurs talents de séductrice et périples au-travers le monde ... Moi, j'habite un bungalow en banlieue, j'ai toujours mal à quelque part (l'approche de la quarantaine, quoi!), avec le même homme depuis 17 ans, et mère de deux pré-adolescents. On est loin d'un film de Lara Croft! De toute façon, je n'aurais pas les nerfs d'acier requis. J'angoisse ben trop. D'ailleurs, le qualificatif trop m'est souvent attribué. Trop émotive, trop susceptible. Je parle et je rie trop fort (ce qui énerve royalement les deux pré-ados, qui ont honte même dans notre salon). À l'inverse, ça m'en prends pas trop pour être heureuse. Un souper au restaurant, un bon livre, un verre de vin, rire en famille, apprendre, découvrir et écrire.