Prostitution juvénile, mais qui est la clientèle?

Dans: Éditoriaux

La prostitution juvénile. C’est le sujet du moment, parce que oui, les yeux fermés ou pas, c’est un problème bien présent. Le pire, c’est que je prends parfois pour acquis que tout le monde est du même avis que moi. Simplement parce qu’à mes yeux c’est simple : c’est dégueulasse.

Je ne lis pas les journaux et consulte rarement les nouvelles. Naturellement, je ne peux pas fermer les yeux sur tout ce qui se passe sur la planète, puisque je suis active sur les réseaux sociaux et qu’on y voit passer toutes sortes d’actualités. Souvent par soif de sensationnalisme, les médias oublient de nous présenter les bases. Et faute de répétition de la nouvelle, le sujet devient de plus en plus banal, car il n’est plus exclusif.

Puisque je n’aime pas faire comme la masse, moi, je reviens aux bases. Vous savez ce qu’est la prostitution juvénile? Oui, comme ça c’est assez simple. Mais juste au cas, on va aller plus profondément dans la description. Prostitution juvénile : pratique d’activités sexuelles avec un ou une mineur(e) en échange d’argent, de biens ou de services. Naturellement vous savez que pour exercer une « pratique », il faut une clientèle. Jusque là, vous suivez?

Maintenant, allons dans les statistiques. La moyenne d’âge des filles recrutées pour cette pratique est de 14 ans. Vous savez certainement ce qu’est une moyenne? Ça, c’est parce qu’il y a des filles plus jeunes aussi. Rappelles-toi tes 12 ans. Visualise ta fille de 11 ans. Penses deux minutes à ta nièce de 13 ans. Tu les vois vraiment exercer cette pratique VOLONTAIREMENT avec un homme de 60 ans? Non? Et avec un homme de 53 ans, 44 ans, 39, 32? Non plus? Ok, un homme de 28 ans peut-être?

Il faut croire que certaine personne s’y visualise assez car ici, au Québec, une jeune fille de 14 ans rapportera en moyenne 200 000$ par année à son proxénète. On va décortiquer encore. 200 000 sur un an, c’est près de 560 $ par jour. 560 dollars par jour et oubli tes weekends et tes jours fériés. Pour ceux qui sont passés par-dessus le mot proxénète, puisqu’il se promène lui aussi allègrement dans les médias, en voici sa vulgaire description. Proxénète : personne tirant profit de la personne prostituée. Lui, il fait des profits. Il est assis dans son bureau et gère sa marchandise. Vous avez bien lu, il fait des profits. Il gère son commerce et pour lui, son produit est des humains à qui on a volé leurs droits, leurs jeunesses, leurs intégrités.

En même temps, qui est à blâmer? Par réflexe on se dit, oh, il faut sensibiliser nos jeunes filles et mettre en prison tous ces proxénètes. Vraiment? D’accord, mais moi j’aimerais qu’on se tourne aussi sur ceux qui paient ces profiteurs. Ceux qui se disent : « Tiens à soir je me call une jeune, j’ai une pulsion à assouvir. » Ceux qui se magasinent une adolescente probablement droguée et semi-consciente et qui en sont réellement excités. Qui est la clientèle en fait? Le gars qui m’a servie quand je suis allée porter ma voiture au garage ou le gérant du restaurant à qui j’ai serré la main la semaine dernière? Peu importe, la clientèle est là. C’est aussi ça le problème. C’est aussi eux qui devraient être mis en prison. Ce sont des violeurs refoulés qui paient pour déculpabiliser leurs actes, comme si l’argent leurs donnaient tous les droits.

C’est si triste de voir cette réalité. C’est aberrant.

On vit dans un monde d’extrémités : soit l’humain est d’une bonté incroyable, soit il est d’une petitesse d’esprit presque inconcevable. J’ose espérer un juste milieu aux générations qui suivront.

Je ne changerai malheureusement jamais le monde. Je n’ai pas de pouvoirs magiques. Je n’ai même pas de solutions miracles à proposer. En toute franchise, j’ai du mal à trouver les mots pour conclure cet article. Il n’y en a pas en fait. Je ne peux qu’aiguiller mes propres filles pour les préparer à vivre dans le monde et la réalité qui les attendent. Auront-elles le même choc que j’ai chaque fois que je constate à quel point l’humanité s’enfonce?


Marie-Soleil English

Présidente d'entreprise et siégeant sur plus d'une douzaine de comités et conseils d'administration à Mirabel et ses alentours, Marie-Soleil est d'abord une jeune maman passionnée. Vivant sans regret et se disant sans relâche que rien n'est impossible, elle attaque chaque défi avec fougue et confiance. Le dépassement de soi, les relations humaines, la cuisine et les affaires sont une infime partie des sujets qui l'inspirent.


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