La violence conjugale, ce sujet tabou.

Dans: Éditoriaux

Un texte croisé par hasard sur internet m’a profondément touché. Celui d’une femme battue qui décrit son histoire après la mort de son mari, l’agresseur de sa vie. Le texte est triste, touchant et résume très bien les sentiments absurdes vécus. Ce qui me jette par terre, c’est que maintenant, à soixante et quelques années, au lendemain de la mort  d’un mari qui n’aurait jamais dû en porter le titre, elle commence à vivre… Je salue sa force d’avoir vaincue son combat quotidien, cachée dans l’ombre, à ne vivre que de son instinct de survie. Je salue son courage de se redonner le droit de vivre sa vie, ça c’est certain. Par contre, je crois qu’il est important de connaître une autre option… de savoir que l’attente n’est pas la seule solution. Je me dis que ce témoignage, emprunt d’un quotidien trop fréquent, donne un espoir triste aux femmes qui subissent, et aux hommes aussi!

Alors maintenant, voilà mon témoignage à moi. Parce que je veux que tu saches que c’est possible…

Même si on pense qu’il est trop tard. Il ne l’est pas. Il ne le sera jamais. Même si on veut attendre le bon moment. Il ne se pointera pas non plus. On le crée. Et ce qu’on sait aussi, même si on cherche à ne pas le savoir, c’est que ce n’est pas de l’amour. Les jugements ne nous apprennent rien et ils laissent croire que c’est facile… « Mais quelle conne de rester avec lui… Moi ça f’rais longtemps que je s’rais partie en lui envoyant mon chaudron en arrière d’la tête ! » … « Jamais, j’me laisserais parler d’même! » … Mais non, ce n’est pas facile ! Des phrases de la sorte, on en entend et même si on aurait envie de leur répondre avec le peu de culot qu’il nous reste, rien ne changerait. Rien ne changera. Ces phrases sont dites dans l’ignorance et dans ce cas… l’ignorance de la situation, on l’envie. Pendant qu’on rêve d’une caresse sincère et d’une certitude que ses poings ne nous fracasseront plus… Ceux qui nous jugent, eux, rêvent du gros lot à la loterie. C’est comme ça.

Je n’ai pas l’habitude de témoigner et je ne cherche pas la pitié. Plusieurs personnes, même proches, n’ont aucune idée d’où je viens. Du pourquoi je suis qui je suis, car oui, je suis devenue quelqu’un. J’ai gagné ma bataille, j’ai gagné à ma loterie. D’autres auront eu quelques bribes de mon passé lors de conversations échangées où j’ai été capable de me confier et quand j’en ai eu le besoin. D’autres encore en auront entendu parler lorsque mon nom sera sorti aux abords d’un sujet tabou. Personne ne sait réellement et ils ne pourront jamais tout savoir de ce calvaire. De mon côté, je le vois comme si j’étais partie, que j’étais disparue pendant quelques années. Je le banalise pour éviter de m’y replonger, mais c’est difficile. Les « flashbacks » me suivent au quotidien. Je m’habitue, je vis avec, car ça fait maintenant partie de moi. Même après 1 an, 2 ans, 3, 4, 5, 6,… et oui, ça le sera toujours. Ils font partis de moi. À présent, je vois toujours tout sous un autre angle. J’observe plus souvent celui qui ne parle pas plutôt que celui qui attire l’attention. Maintenant, je suis comme ça. Maintenant, je suis bien.

J’ose dire à mon entourage, pour ceux qui « étaient là »… Vous n’auriez rien pu faire. C’était à moi de le faire. Et pour ceux et celles aussi victimes de leur « amour », n’attendez pas que votre entourage, ou du moins ce qu’il vous en reste, fasse quelque chose. Ils ne savent pas et ne leurs en voulez pas. C’est l’ignorance. Celle que j’abordais plus haut.

Quand je dis: « ce qu’il vous reste d’entourage », c’est que petit à petit, le cercle se referme sur nous. Ces batteurs ne sont pas seulement forts pour nous écraser la tête contre le mur à en briser le gypse, ils sont forts aussi à l’intérieur de nous. C’est là que ça fait le plus mal. Ils sont forts par leur manipulation. Ils nous veulent à eux et sans qu’on s’en aperçoive, on se retrouve seule. Seule à ne pas comprendre. Seule à ne pas se débattre pour comprendre. Seule à ne plus se défendre… Dans mon cas ce qui m’a fait le plus mal ce n’est pas quand il prenait mes côtes pour un ballon de soccer, c’est quand, à la toute fin de son exploit, il me regardait avec mépris préparant son crachat pour me l’envoyer en pleine gueule. Quand durant la semaine suivante je me tortillais de douleur par la sensibilité de mes blessures… c’est cette image qui me restait.

Je dirai toujours que ma fille m’a sauvée la vie. Pour moi, elle a été la semence de ma motivation. Voulant la protéger et l’éloigner de toute cette « merde », je me devais d’avoir la force de tout traverser. Pour moi, c’est parti de là. Je n’ai pas fait partie de groupe de femmes battues, mais s’il le faut, vas-y! J’ai consulté à quelques reprises des psychologues, ça m’a fait du bien, même si leurs conseils ne me convenaient pas toujours. Je sais maintenant que je ne suis pas folle. Je ne l’ai jamais été. Si tu crois avoir besoin d’aide, que tu ne crois pas avoir la force seule, il y a des organismes qui attendent ton appel. Ma bouée, sans le savoir, c’était mon entourage. Ma motivation d’avoir une vie normale. Sans essayer de comprendre pourquoi ils avaient disparus, je suis retournée vers les gens qui m’avaient manqués. Je n’en parlais pas trop et c’est encore comme ça aujourd’hui. J’imagine que c’est pour faire comme si rien ne s’était passé. Je m’en voulais de les avoir abandonnés, mais ils ne me l’ont pas fait sentir. Ça a été ma façon de m’en sortir. Toi tu trouveras la tienne. Probablement que tu la connais déjà.

On s’en sort. On survit. On guérit. Plus vite que ça en a l’air. Il ne faut tout simplement pas attendre. Vous ne méritez pas ce qui vous arrive. Point.

Pourquoi ce texte? Je veux simplement être la réponse aux questions qu’on se pose quand on est dans la tempête. Les statistiques et les témoignages le montrent, la situation existe. Trop.

Je suis partie loin, j’ai refait ma vie. J’ai rencontré celui dont je rêvais en silence, celui qui fait de ma vie un quotidien tout à fait normal, ce qui est en fait, la plus belle des situations. Je n’envie plus rien aux autres, je vie. J’ai deux enfants magnifiques qui pourront toujours compter sur leur maman forte. Même si j’ignore encore si elles sauront tout de la guerre qu’aura vaincue leur chère maman, je leur apporterai mes valeurs du mieux que je peux. Préparer un repas me rend heureuse. Le bonheur m’est quotidien. Aujourd’hui, je dirige ma propre compagnie dans le domaine qui me passionne, qui l’aurait cru? Pas moi. J’ai même eu droit à la grande robe blanche, au plus beau des mariages qu’a été le mien. Je m’implique dans tout ce que je peux, comme si être présente me prouvait que je n’ai plus de limites. Quand j’ai une idée, maintenant je fonce. Maintenant, je suis moi. Parée pour les futurs combats que j’aurai à affronter sur ma route. Et je n’ai plus peur.

Le plus beau des compliments qu’on me fait souvent c’est que j’ai l’air jeune. Oui, j’ai l’air jeune et je le suis, parce que je n’ai pas attendu. Je n’ai pas attendu la mort de mon agresseur. Je n’attendrai plus. Alors toi aussi, n’attend pas.

C’est possible!


Marie-Soleil English

Présidente d'entreprise et siégeant sur plus d'une douzaine de comités et conseils d'administration à Mirabel et ses alentours, Marie-Soleil est d'abord une jeune maman passionnée. Vivant sans regret et se disant sans relâche que rien n'est impossible, elle attaque chaque défi avec fougue et confiance. Le dépassement de soi, les relations humaines, la cuisine et les affaires sont une infime partie des sujets qui l'inspirent.


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